Aujourd’hui, Mary, une des profs de Français de l’école où travaille LU est venue le voir pour lui demander un service. Rachel, une élève de quatorze ans, a eu un cancer l’an dernier (ouais, quatorze, la puta vida). Elle devrait être en troisième année de Français, mais elle a rejoint la classe des deuxième année car elle a perdu toutes ses bases pendant son absence prolongée. On prévient LU qu’elle a surtout besoin de confiance en elle pour pouvoir s’exprimer en classe. Et la faveur donc ? Il s’agit pour LU de donner quarante minutes de son temps toutes les semaines pour essayer de l’aider à revoir les bases. Quarante minutes. Par semaine. Ah ouais, grosse faveur dis-donc.
Toujours est-il que LU a accepté et qu’il a rencontré Rachel pour la première fois cet après-midi, entre 14h40 et 15h20. C’était court. C’était triste aussi. LU il a essayé de commencer avec du basique de chez basique. Comment tu t’appelles ? Quel âge as-tu ? Rien. Pas de souvenirs. Et en face de LU, une ado qui se cache les yeux, qui s’effraie à chaque mot inconnu, qui retient ses larmes d’ignorance, qui s’en veut parce qu’elle le connaissait ce putain de mot, pourquoi elle l’a oublié, pourquoi ça lui revient que maintenant qu’il est écrit ?
Et puis, LU lui a dit quelque chose. Quelque chose qui a résonné en écho dans sa tête.
“Tout ce que je te demande, c’est d’essayer. Ca on peut tous le faire.”
Cette promesse, LU l’a fait faire à Rachel, et il se l’est faite aussi. Oui il essayera. Oui il reprendra tout depuis le début s’il le faut. Oui il répètera les mêmes choses encore et encore. Oui il rassemblera toute sa patience et celle qu’il n’a pas. Oui il essayera de la faire progresser, mais aussi de lui faire aimer cette langue qu’elle déteste tant. Oui il essayera de lui redonner confiance en elle.
En quarante minutes.
Par semaine.
