Hier, LU et sa coloc irlandaise étaient dans le salon quand, à la télévision, un des personnages d’une série quelconque fut présenté en plein accouchement. Les cris extrêmement violents ont naturellement tourné leurs regards vers la scène.
<coloc> Haha, ça donne envie d’accoucher !
<LU> Grave. Ca encourage à faire des gosses. Heureusement que j’en veux pas.
<coloc> Yep, moi non plus !
C’est là que LU a réalisé. Il a eu l’occasion de discuter avec pas mal d’amies qui ne souhaitaient pas particulièrement avoir d’enfants ces derniers-temps. Et qui, en plus de ça, assumaient parfaitement cette décision. Les temps changent, pour de vrai.
Et pourtant… On en parle avec ses amis, souvent ceux qui comprennent, ceux dont on sait qu’ils acquiesceront en disant “moi non plus”. Mais ce n’est pas le genre de choses qu’on dit à tout le monde. Ce n’est pas le genre de choses qu’il faut dire. Ce n’est pas le genre de choses qu’on attend de vous.
Dire à quelqu’un qu’on ne veut pas d’enfants, c’est s’exposer à un regard, à un jugement.
LU, ça lui rappelle cette fois-là où il avait dit à LU sa mère qu’il ne croyait pas en Dieu. Sa réponse l’avait terrifié. “Mais si tu ne vis pas pour Dieu, tu vis pour quoi ?”
Quand LU dit à quelqu’un qu’il ne veut pas avoir d’enfants, il trouve dans son regard la même question, la même incompréhension. “Mais si tu ne fais pas d’enfants, tu vis pour quoi ?“
La plupart du temps, les gens considèrent que c’est une décision terriblement égoïste. Ces gens qui se suffisent à eux-mêmes, qui ne veulent pas “s’encombrer d’un gamin”, ces gens qui ne pensent qu’à eux et seraient incapables de s’oublier pour quelqu’un d’autre. C’est confortable de classer ceux qui ne veulent pas d’enfants dans cette catégorie, ça évite d’avoir à se poser des questions sur son propre désir d’en avoir.
LU, il aime les enfants, beaucoup. Et quand il joue avec eux, il rayonne. Il se sent totalement à sa place. Il aime leurs questions, leurs regards, leur curiosité. Il aime cette manière qu’ils ont de le surprendre par leur vision du monde. Il aime qu’ils lui rappellent à quel point ils sont sous-estimés, trop souvent. Il aime leur enthousiasme aussi, et leur sensibilité. Il aime leur parler de choses futiles et de choses importantes.
LU, avoir des enfants, c’est un truc qu’il aurait pu kiffer. Vraiment.
Alors évidemment, là, on sent que le refrain de l’égoïsme ne tient plus trop.
On force trop souvent les gens qui ne veulent pas d’enfants à expliquer pourquoi. Parfois, LU aimerait que les gens qui veulent des enfants lui expliquent pourquoi. Vraiment.
Comment peut-on, à la lumière du monde dans lequel on vit, décider de créer une nouvelle vie, pour laquelle il faudra investir du temps, de l’argent, de l’énergie, de l’amour ? Du temps, de l’argent, de l’énergie, de l’amour, qui ne seront plus là pour les autres, ceux qui existent déjà, ceux qui en auraient bien besoin.
Et tout ça pour quoi ? Qu’est-ce qu’on a à offrir à ces enfants ? Un accompagnement jusqu’à ce qu’ils se rendent compte par eux-mêmes à quel point le monde est horrible ? Jusqu’à ce qu’ils se demandent comment on en est arrivé là, comment il est possible que les gens aient pu accepter tout ça, comment changer les choses a cessé d’être une priorité ? Jusqu’à ce qu’ils se sentent impuissants et submergés par tout ce qu’ils ne peuvent pas contrôler ?
LU ça lui fait un peu relativiser le “cadeau de la naissance”, le “don de la vie”. Il aurait plutôt envie d’encourager les gens à réfléchir à l’adoption. D’encourager les gens à réfléchir au sens et aux implications de leurs actions, pas seulement pour eux, mais pour tous.
“Tu dis ça maintenant, mais tu es jeune, tu changeras d’avis tu verras.”
Non. Mille fois non. LU a bien des défauts et on ne lui enlèvera pas celui d’être têtu et de s’accrocher à ses idées aussi loin qu’elles puissent le porter.
C’est sans doute la décision la plus réfléchie qu’il ait jamais prise.